Coaching et philosophie 1. L’institution du nouveau

LE coaching et LA philosophie sont des catégories très générales. Je prendrai ici un exemple très précis pour montrer comment l’un peut féconder l’autre et comment la théorie peut être très concrète et la pratique porteuse d’enseignements théoriques.

Le phénomène que j’ai en vue est celui de l’acquisition d’une nouvelle compétence. C’est un classique du coaching: dans le contexte professionnel, le coach peut être appelé à accompagner une personne dans une nouvelle fonction, où elle ne possède pas déjà tous les gestes et les attitudes nécessaires. Le rôle spécifique du coach est d’amener la personne à exercer la compétence en question notamment en lui donnant des feed-back circonstanciés.

Un philosophe au siècle passé a réfléchi aux différents processus par lesquels le nouveau apparaît dans la vie humaine. Maurice Merleau-Ponty appelait ce processus « institution », à comprendre dans le sens dynamique. Il y consacre un cours entier au Collège de France en 1955. Le sentiment amoureux, la découverte scientifique, le sens d’un mot, une œuvre d’art, la puberté, etc., s’établissent à un moment dans l’histoire personnelle ou collective, et rendent possible des étapes qui, avant, n’étaient même pas imaginables.

L’événement de l’institution n’est pas prévisible avant qu’il ait eu lieu. Mais quand il a eu lieu, le paradoxe est que son résultat apparaît comme s’il avait toujours existé. Quand on a acquis une compétence, on la vit comme si on était fait pour cela, comme si l’acquisition présente se prolongeait non seulement dans le futur, mais aussi dans le passé. L’institution change notre relation au passé aussi. Le sentiment amoureux authentique est accompagné d’une sensation d’avoir toujours connu la personne, comme si tout notre passé nous portait vers la rencontre et les potentialités qu’elle ouvre. Henri Bergson appelait cela le «mouvement rétrograde du vrai».

Dans un processus de coaching, on fait des expériences de ce type. Quand une personne prend confiance dans une nouvelle situation et qu’une compétence nouvelle est acquise, il y a comme une évidence qui s’installe et qui efface rétrospectivement les difficultés de l’apprentissage. C’est sans doute le meilleur signe d’un coaching réussi: on a la certitude d’avoir plus de possibles après. Mais on doit faire un effort spécial pour se souvenir de la limitation qu’on ressentait avant.

Une réponse sur “Coaching et philosophie 1. L’institution du nouveau”

  1. Si mes réflexions vous touchent, vous agacent, vous intriguent, écrivez-moi ici. C’est toujours un plaisir de découvrir des interlocuteurs. Je me permettrais par contre de ne pas répondre aux commentaires insultants ou manifestement inappropriés.

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