Coaching et philosophie 2. Percevoir est une pratique

Le coaching et la philosophie ont beaucoup plus en commun qu’on le croirait. Par exemple, la perception – à la fois une des grandes questions philosophiques et un enjeu essentiel de tout processus de coaching.

Ma conviction philosophique est que percevoir, ce n’est pas une activité d’enregistrement; c’est une activité motrice, qui implique un mouvement de tout notre corps. Dire que notre perception est un mouvement corporel, cela revient à dire que nous sommes fait de la même étoffe que le monde, que si nous percevons le monde, c’est que nous en sommes une partie, par notre corps. C’était l’enseignement de Maurice Merleau-Ponty et de tout un courant actuel très dynamique, qui parle d’enaction, un terme anglais qui implique précisément que percevoir est un mode d’action.

Dans un processus de coaching, on en fait l’expérience très concrète. L’enjeu d’un coaching est de débloquer une situation figée: par exemple, une personne a peur de lâcher le confort lié à son emploi et en même temps elle a perdu la motivation de son travail au quotidien. Elle est immobilisée par l’incapacité de décider entre ces deux pôles. Est-ce le dégoût ou la peur qui est plus forte?

Et c’est là qu’intervient la question de la perception: pour décider entre deux ou plusieurs options, il faut que quelque chose apparaisse, il faut qu’on voie les possibilités. Or en restant immobile, il y a de fortes chances que plus rien dans notre champ perceptif ne fasse du sens. Rien ne bouge et donc rien de nouveau n’apparaît.

Si dans un coaching, progressivement, la perception de la situation change, c’est qu’on est sur la bonne voie. Par exemple, en se plaçant du point de vue offert par la réalisation des différentes possibilités, certaines choses peuvent apparaître qu’on n’aurait pas aperçues en restant à sa place. Autre exemple: on perçoit les jugements d’un-e collègue comme une menace, alors que le processus du coaching peut amener à faire apparaître ces mêmes jugements comme une source de stimulation et non plus d’inhibition. On voit bien comment la perception (voir comme…) est indissociable du mouvement qu’on ressent envers la perception (répulsion ou appréciation).

Ainsi, percevoir quelque chose implique d’apprendre à voir autrement qu’on ne voyait. En effet, on ne voit réellement que par contraste: quelque chose apparaît sur le fond de ce qui est différent. Et il est bon d’être plusieurs parce que le fait d’être attentif à quelque chose implique d’attirer l’attention d’un autre; sinon comment être sûr qu’on n’est pas en plein rêve? Percevoir est aussi à chaque fois une expérience du partage, et un aller-retour entre sa propre perspective et celle de l’autre. Le coach joue alors le rôle d’un partenaire de perception.