Coaching et philosophie 3. Le paradoxe de la compétition

Pour paraphraser une figure importante de l’histoire occidentale, un spectre hante le coaching, et c’est celui de la compétition, de la concurrence. Il s’agit bien d’un spectre parce que la compétition dans l’espace du coaching est souvent critiquée, mais souvent présente et agissante.

Une raison évidente à cela est que le coaching est liée historiquement au coaching sportif, où l’enjeu est de préparer un individu ou une équipe à affronter d’autres individus ou équipes, se mesurer et à la fin la compétition livre un verdict, un vainqueur. En ce sens, la pratique du coaching restera toujours ambiguë: on a beau dire que ce n’est pas la victoire qui compte mais l’accomplissement individuel, si le cadre est la compétition, celle-ci restera déterminante.

Dans le contexte des entreprises, les salariés sont souvent en concurrence entre eux, et pas seulement quand la croissance ralentit. Un coach peut être appelé à intervenir pour accompagner un salarié dans une mutation où des licenciements ont lieu. Ou à l’Université, il est évident que les doctorant-e-s et postdocs sont toutes et tous en concurrence les un-e-s avec les autre, puisque les postes stables sont rares. Là encore, il est sans doute illusoire de vouloir faire totalement abstraction de la situation et focaliser abstraitement sur l’épanouissement de la personne.

En bref, faire du coaching de vie sans tenir compte du contexte n’a que peu de sens. D’un autre côté, c’est pourtant de l’épanouissement des individus qu’il s’agit – l’enjeu du coaching n’est pas de rendre la personne plus forte que les autres. Se comparer aux autres est mauvais pour la santé tant physiologique que mentale.

La posture paradoxale du coach

C’est bien la posture paradoxale du coach: proposer au client un espace protégé dans lequel il puisse renouer les fils de sa vie, cesser de se comparer aux autres, désinvestir la compétition harassante de la vie professionnelle, et en même temps garder à l’esprit que c’est seulement de cette manière qu’on peut affronter la compétition sans « se griller » ou devenir fou.

Alors la grande question politique se dessine: ne vaudrait-il pas mieux se dégager entièrement de ce système nocif? Pourquoi se faire complice d’un système qui broie les subjectivités? Eh bien justement parce que le coaching peut (et doit) être un espace qui rappelle qu’il y a un dehors à la compétition, ou du moins qu’il y a de multiples manières de l’assumer. Tant qu’il y aura dans la société humaine des rapports de force, il faudra bien se donner les moyens de les affronter.

Un aspect crucial dans un processus de coaching est que le moment décisif est le nouage de l’alliance avec le client. Le respect et la rigueur du cadre est ensuite ce qui permet à l’alliance d’évoluer en réelle fraternité (ou sororité). C’est précisément cette expérience de la fraternité qui permet de vivre les situations compétitives dans un esprit non-compétitif. Si le coaching a un sens, c’est bien en tant qu’expérience de la fraternité.